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I.3 – Production d'images pour des cibles spécifiques

Christophe BLAESS - janvier 2020

Dans la séquence précédente nous avons créé une image standard pour une émulation de processeur x86. Nous allons à présent tester quelques autres cibles possibles : émulateur Arm, cartes Beaglebone Black et Raspberry Pi.

Variable d'environnement MACHINE

Comment Yocto connaît-il la cible pour laquelle nous souhaitons préparer une image ?

Il s’appuie sur la variable d’environnement «MACHINE». Celle-ci doit contenir le nom d’une cible connue par Yocto. Lorsqu’on utilise simplement les layers de Poky, comme nous l’avons fait précédemment, la liste est limitée.

NomCible
qemuarmÉmulation de système à processeur ARM 32 bits
qemuarm64Émulation de système à processeur ARM 64 bits
qemumipsÉmulation de système à processeur MIPS 32 bits
qemumips64Émulation de système à processeur MIPS 64 bits
qemuppcÉmulation de système à processeur PowerPC
qemux86Émulation de système à processeur x86 32 bits
qemux86-64Émulation de système à processeur x86 64 bits
beaglebone-yoctoFamille de Single Board Computers ARM 32 bits
genericx86PC standard à processeur x86 32 bits
genericx86-64PC standard à processeur x86 64 bits
mpc8315e-rdbCarte pour processeur PowerQuicc II (PowerPC)
edgerouterRouteur à processeur MIPS 64 bits

Nous trouvons la liste de ces cibles dans les sous-répertoires «poky/meta/conf/machine/» et «poky/meta-yocto-bsp/conf/machine/».

Nous pouvons également les trouver au début du fichier «conf/local.conf» qui a été automatiquement créé lorsque nous avons appelé le script «poky/oe-init-build-env» pour la première fois.

[build-qemu]$ head  -40  conf/local.conf 
 [...]
#
# Machine Selection
#
# You need to select a specific machine to target the build with. There are a selection
# of emulated machines available which can boot and run in the QEMU emulator:
#
#MACHINE ?= "qemuarm"
#MACHINE ?= "qemuarm64"
#MACHINE ?= "qemumips"
#MACHINE ?= "qemumips64"
#MACHINE ?= "qemuppc"
#MACHINE ?= "qemux86"
#MACHINE ?= "qemux86-64"
#
# There are also the following hardware board target machines included for 
# demonstration purposes:
#
#MACHINE ?= "beaglebone-yocto"
#MACHINE ?= "genericx86"
#MACHINE ?= "genericx86-64"
#MACHINE ?= "mpc8315e-rdb"
#MACHINE ?= "edgerouter"
#
# This sets the default machine to be qemux86-64 if no other machine is selected:
MACHINE ??= "qemux86-64"

#

Dans ce fichier les lignes commençant par un caractère «#» sont considérées comme des commentaires. La seule qui configure la variable «MACHINE» est donc la dernière de cet extrait. C’est ainsi que Yocto a su qu’il devait nous préparer une image pouvant être prise en charge par l’émulateur Qemu-x86.

Mais nous voyons également que l’affectation de la variable est curieuse :

MACHINE ??= "qemux86"

On peut se demander ce que signifie le symbole «??=».

Nous étudierons la syntaxe des fichiers de Yocto ultérieurement, mais précisons simplement pour le moment que cela signifie que la variable n’est affectée que si elle n’a pas de valeur préalable.

Autrement dit, nous pouvons remplir la variable avant de lancer «bitbake» et notre affectation aura précédence sur celle par défaut indiqué dans «conf/local.conf».

Dans les prochaines étapes nous inscrirons le nom de la machine cible désirée dans ce fichier, mais pour le moment, contentons-nous d’interagir uniquement depuis la ligne de commande.

Image pour émulateur ARM

La syntaxe du shell nous permet de précéder une commande (comme «bitbake») d’une affectation de variable d’environnement. Essayons cela tout de suite (prévoyez encore un «petit» moment de compilation…).

[build-qemu]$ MACHINE=qemuarm  bitbake  core-image-minimal
Parsing recipes: 100% |#######################| Time: 0:01:00
Parsing of 772 .bb files complete (0 cached, 772 parsed). 1298 targets, 63 skipped, 0 masked, 0 errors. 
NOTE: Resolving any missing task queue dependencies

Build Configuration:
BB_VERSION           = "1.44.0"
BUILD_SYS            = "x86_64-linux"
NATIVELSBSTRING      = "universal"
TARGET_SYS           = "arm-poky-linux-gnueabi"
MACHINE              = "qemuarm"
DISTRO               = "poky"
DISTRO_VERSION       = "3.0.1"
TUNE_FEATURES        = "arm armv7ve vfp thumb neon callconvention-hard"
TARGET_FPU           = "hard"
meta                 
meta-poky            
meta-yocto-bsp       = "HEAD:12a4c177bb541b3187c7a54d5804f30c35f22d8c"

Initialising tasks: 100% |####################| Time: 0:00:05
Sstate summary: Wanted 557 Found 15 Missed 542 Current 255 (2% match, 33% complete)
NOTE: Executing Tasks
NOTE: Setscene tasks completed
NOTE: Tasks Summary: Attempted 2640 tasks of which 1288 didn't need to be rerun and all succeeded.

Lorsque bitbake s'arrête de travailler, nous pouvons voir la nouvelle image :

[build-qemu]$ ls  tmp/deploy/images/
qemuarm  qemux86-64
[build-qemu]$ ls tmp/deploy/images/qemuarm/
core-image-minimal-qemuarm-20191227224904.qemuboot.conf
core-image-minimal-qemuarm-20191227224904.rootfs.ext4
core-image-minimal-qemuarm-20191227224904.rootfs.manifest
core-image-minimal-qemuarm-20191227224904.rootfs.tar.bz2
core-image-minimal-qemuarm-20191227224904.testdata.json
core-image-minimal-qemuarm.ext4
core-image-minimal-qemuarm.manifest
core-image-minimal-qemuarm.qemuboot.conf
core-image-minimal-qemuarm.tar.bz2
core-image-minimal-qemuarm.testdata.json
modules--5.2.20+git0+bd0762cd13_fcbe51dfa0-r0-qemuarm-20191227224904.tgz 
modules-qemuarm.tgz
zImage
zImage--5.2.20+git0+bd0762cd13_fcbe51dfa0-r0-qemuarm-20191227224904.bin
zImage-qemuarm.bin
[build-qemu]$

Il nous faut à nouveau installer une version adaptée de Qemu pour processeur Arm.

[buid-quemu]$ sudo  apt  install  qemu-system-arm

Ensuite nous pouvons lancer le script «runqemu» avec le nom de l’architecture «qemuarm» en paramètre.

La figure I.3-1 nous montre la fenêtre de l’émulateur et la commande «uname -a» nous indiquant que l’architecture est bien de type ARM.

Et sur une vraie cible embarquée ?

L’utilisation d’un émulateur comme Qemu présente de nombreux avantages pour la mise au point d’un système embarqué. Toutefois, cela a tendance à dissimuler les problèmes que l’on rencontre lorsque l’on passe à des cibles réelles (configuration du bootloader, flashage de la mémoire, connexion au système, etc.)

Dans les architectures connues par Yocto, il y a la famille des BeagleBones. Nous pouvons relancer un build pour cette architecture. Comme notre cible ne sera plus l’émulateur Qemu pour le moment, je préfère recréer un nouveau répertoire de compilation à côté de «build-quemu».

Disons «build-bbb» comme abréviation de Beagle Bone Black, la carte que je vais utiliser.

[build-qemu]$ cd  ..
[Yocto-lab]$ source  poky/oe-init-build-env  build-bbb

Je relance une compilation avec une nouvelle architecture cible.

[build-bbb]$ MACHINE=beaglebone-yocto  bitbake  core-image-minimal
Parsing recipes: 100% |##################################################| Time: 0:01:02
Parsing of 772 .bb files complete (0 cached, 772 parsed). 1298 targets, 60 skipped, 0 masked, 0 errors. 
NOTE: Resolving any missing task queue dependencies

Build Configuration:
BB_VERSION           = "1.44.0"
BUILD_SYS            = "x86_64-linux"
NATIVELSBSTRING      = "ubuntu-18.04"
TARGET_SYS           = "arm-poky-linux-gnueabi"
MACHINE              = "beaglebone-yocto"
DISTRO               = "poky"
DISTRO_VERSION       = "3.0.1"
TUNE_FEATURES        = "arm vfp cortexa8 neon callconvention-hard"
TARGET_FPU           = "hard"
meta                 
meta-poky            
meta-yocto-bsp       = "HEAD:12a4c177bb541b3187c7a54d5804f30c35f22d8c"

Après un nouveau moment de compilation, nous pouvons observer les images produites :

[build-bbb]$ ls  tmp/deploy/images/beaglebone-yocto/
  [...]
 core-image-minimal-beaglebone-yocto.wic
  [...]
[build-bbb]$

Je n’ai laissé apparaître que le fichier qui va nous servir directement, mais il y en a une trentaine dans ce répertoire (notamment des liens symboliques pointant vers des versions horodatées).

L’installation de l’image sur une Beaglebone Black est simple car Yocto a l’amabilité de nous fournir un gros fichier doté de l’extension «.wic» qui contient toutes les données à inscrire sur la carte micro-SD, y compris la table des partitions nécessaire. Le script «wic» qui crée ces fichiers est fourni par Poky comme «bitbake» ou «runqemu».

J’insère sur mon PC de travail une carte micro-SD par l’intermédiaire d’un adaptateur USB. J’examine les périphériques blocs disponibles.

[build-bbb]$ lsblk
 NAME           MAJ:MIN RM   SIZE RO TYPE  MOUNTPOINT
 sda              8:0    0 465,8G  0 disk  
 ├─sda1           8:1    0   400G  0 part  /home/testing
 └─sda2           8:2    0     8G  0 part  [SWAP]
 sdb              8:16   1  14,4G  0 disk  
 ├─sdb1           8:17   1    64M  0 part  /media/cpb/BOOT
 └─sdb2           8:18   1     1G  0 part  /media/cpb/ROOT
 nvme0n1        259:0    0 232,9G  0 disk  
 ├─nvme0n1p1    259:1    0   512M  0 part  /boot/efi
 ├─nvme0n1p2    259:2    0 224,6G  0 part  /
 └─nvme0n1p3    259:3    0   7,8G  0 part  
   └─cryptswap1 253:0    0   7,8G  0 crypt 

La carte micro-SD est accessible ici en tant que «/dev/sdb». Comme elle contenait déjà des partitions elle a été auto-montée. Je la démonte pour la détacher du système de fichiers.

[build-bbb]$ umount  /dev/sdb?

Une fois que je suis sûr que les deux partitions sont bien démontées, je viens écrire le fichier d'extension «.wic» directement sur l’ensemble du périphérique représentant toute la carte micro-SD («/dev/sdb» dans mon cas).

[build-bbb]$ sudo  cp  tmp/deploy/images/beaglebone-yocto/core-image-base-beaglebone-yocto.wic  /dev/sdb
[build-bbb]$

Je peux à présent extraire la carte micro-SD de mon PC, l’insérer dans la Beaglebone Black et démarrer celle-ci (suivant les versions de BeagleBone il peut être nécessaire de presser un bouton spécifique pour indiquer que l’on souhaite démarrer sur la carte micro-SD et non sur la mémoire eMMC interne).

Je me connecte sur la Beaglebone par l’intermédiaire d’un adaptateur USB-Série (les trois fils jaune, rouge et noir de la figure I.3-2).

Nous pouvons examiner les traces de boot dans la console d’un émulateur de terminal (minicom) sur le poste de développement.

U-Boot SPL 2019.07 (Dec 28 2019 - 06:43:28 +0000)
Trying to boot from MMC1

U-Boot 2019.07 (Dec 28 2019 - 06:43:28 +0000)

CPU  : AM335X-GP rev 2.1
Model: TI AM335x BeagleBone Black
DRAM:  512 MiB
NAND:  0 MiB
MMC:   OMAP SD/MMC: 0, OMAP SD/MMC: 1
Loading Environment from FAT... *** Warning - bad CRC, using default environment 

<ethaddr> not set. Validating first E-fuse MAC
Net:   eth0: ethernet@4a100000
Warning: usb_ether MAC addresses don't match:
Address in ROM is          de:ad:be:ef:00:01
Address in environment is  84:eb:18:ae:85:d0
, eth1: usb_ether
Hit any key to stop autoboot:  0 
switch to partitions #0, OK
mmc0 is current device
SD/MMC found on device 0
switch to partitions #0, OK
mmc0 is current device
Scanning mmc 0:1...
Found /extlinux/extlinux.conf
Retrieving file: /extlinux/extlinux.conf
119 bytes read in 2 ms (57.6 KiB/s)
1:      Yocto
Retrieving file: /zImage
6785528 bytes read in 435 ms (14.9 MiB/s)
append: root=PARTUUID=6431d6aa-02 rootwait console=ttyS0,115200
Retrieving file: /am335x-boneblack.dtb
58296 bytes read in 6 ms (9.3 MiB/s)
## Flattened Device Tree blob at 88000000
   Booting using the fdt blob at 0x88000000
   Loading Device Tree to 8ffee000, end 8ffff3b7 ... OK

Starting kernel ...

Le bootloader a fini de démarrer, de charger le noyau Linux en mémoire (fichier «/zImage») ainsi que le device tree (fichier «/am335x-boneblack.dtb») qui décrit le matériel présent. Le boot du noyau est à présent possible.

Booting Linux on physical CPU 0x0
Linux version 5.2.17-yocto-standard (oe-user@oe-host) (gcc version 9.2.0 (GCC)) #1 PREE9 
CPU: ARMv7 Processor [413fc082] revision 2 (ARMv7), cr=10c5387d
CPU: PIPT / VIPT nonaliasing data cache, VIPT aliasing instruction cache
OF: fdt: Machine model: TI AM335x BeagleBone Black
Memory policy: Data cache writeback
cma: Reserved 16 MiB at 0x9e800000
CPU: All CPU(s) started in SVC mode.
AM335X ES2.1 (sgx neon)
  [...]
VFS: Mounted root (ext4 filesystem) readonly on device 179:2.
devtmpfs: mounted
Freeing unused kernel memory: 1024K
Run /sbin/init as init process

Cette dernière ligne indique que l’essentiel du démarrage du noyau est terminé, et qu’il passe le contrôle à l’espace utilisateur.

INIT: version 2.88 booting
Starting udev
udevd[125]: starting version 3.2.8
udevd[126]: starting eudev-3.2.8
EXT4-fs (mmcblk0p2): re-mounted. Opts: (null)
Thu Dec 26 06:37:37 UTC 2019
Configuring packages on first boot....
 (This may take several minutes. Please do not power off the machine.)
Running postinst /etc/rpm-postinsts/100-sysvinit-inittab...
update-rc.d: /etc/init.d/run-postinsts exists during rc.d purge (continuing) 
 Removing any system startup links for run-postinsts ...
  /etc/rcS.d/S99run-postinsts
INIT: Entering runlevel: 5
 [...]
udhcpc: sending discover
udhcpc: sending discover
udhcpc: no lease, forking to background
done.
Starting syslogd/klogd: done

Il n’y a plus qu’à se connecter et tester quelques commandes.

Poky (Yocto Project Reference Distro) 3.0.1 beaglebone-yocto /dev/ttyS0

beaglebone-yocto login: root
root@beaglebone-yocto:~# uname  -a
Linux beaglebone-yocto 5.2.17-yocto-standard #1 PREEMPT Thu Dec 26 04:12:13 UTC 2019 armv7l GNU/Linux 
root@beaglebone-yocto:~# cat  /proc/cpuinfo
processor       : 0
model name      : ARMv7 Processor rev 2 (v7l)
BogoMIPS        : 996.14
Features        : half thumb fastmult vfp edsp thumbee neon vfpv3 tls vfpd32 
CPU implementer : 0x41
CPU architecture: 7
CPU variant     : 0x3
CPU part        : 0xc08
CPU revision    : 2

Hardware        : Generic AM33XX (Flattened Device Tree)
Revision        : 0000
Serial          : 2715BBBK2037
root@beaglebone-yocto:~# cat  /sys/firmware/devicetree/base/model
TI AM335x BeagleBone Blackroot@beaglebone-yocto

Un Raspberry Pi, sinon rien !

La carte fétiche des bidouilleurs Linux de nos jours est l’inévitable Raspberry Pi. Bien entendu Yocto permet de générer une image pour cette cible. Toutefois, il nous faut télécharger un layer supplémentaire, un répertoire contenant les recettes et éléments de configuration propres à cette carte. Les layers de Yocto sont faciles à identifier, car leurs noms commencent par le préfixe «meta-».

J’ai pour habitude de télécharger les layers que j’ajoute «à côté» du répertoire poky/. Rien ne nous y oblige, il est possible de les regrouper dans un sous-dossier spécifique si on le préfère

Nous verrons dans les prochaines étapes comment rechercher un layer adapté à l’architecture ou à la fonctionnalité souhaitées. Dans un premier temps, acceptons simplement l’URL fournie ci-dessous.

[Yocto-lab]$ git  clone  git://git.yoctoproject.org/meta-raspberrypi  -b zeus 
Clonage dans 'meta-raspberrypi'...
remote: Counting objects: 6991, done.
remote: Compressing objects: 100% (2962/2962), done.
remote: Total 6991 (delta 3867), reused 6675 (delta 3658)
Réception d'objets: 100% (6991/6991), 1.53 MiB | 764.00 KiB/s, fait.
Résolution des deltas: 100% (3867/3867), fait.
[Yocto-lab]$ ls
build-bbb  build-qemu  meta-raspberrypi  poky
[Yocto-lab]$ 

Nous voyons qu’un répertoire «meta-raspberrypi/» est bien apparu. Préparons à nouveau un répertoire de travail.

[Yocto-lab]$ source  poky/oe-init-build-env  build-rpi
You had no conf/local.conf file. This configuration file has therefore been
  [...]
[build-rpi]$ 

Nous devons commencer par ajouter le layer téléchargé plus haut dans la configuration actuelle. Regardons d’abord la liste des layers déjà pris en compte pour le futur build.

La commande «bitbake-layers» et son option «show-layers» vont nous servir.

[build-rpi]$ bitbake-layers  show-layers
NOTE: Starting bitbake server...
layer                 path                                      priority
==========================================================================
meta                  /home/testing/Build/Lab/Yocto-lab/poky/meta  5
meta-poky             /home/testing/Build/Lab/Yocto-lab/poky/meta-poky  5
meta-yocto-bsp        /home/testing/Build/Lab/Yocto-lab/poky/meta-yocto-bsp  5 

Trois layers sont déjà préconfigurés dans notre image. Ils se trouvent tous les trois dans le dossier «poky/» téléchargés initialement. Nous pouvons également observer une valeur de priorité, qui indique l’ordre de prise en charge des layers (nous examinerons cela plus en détail ultérieurement).

Ajoutons le layer spécifique pour Raspberry Pi en utilisant l’option «add-layer» de l’outil «bitbake-layers».

[build-rpi]$ bitbake-layers  add-layer  ../meta-raspberrypi/
NOTE: Starting bitbake server...
[build-rpi]$ bitbake-layers  show-layers
NOTE: Starting bitbake server...
layer                 path                                      priority
==========================================================================
meta                  /home/testing/Build/Lab/Yocto-lab/poky/meta  5
meta-poky             /home/testing/Build/Lab/Yocto-lab/poky/meta-poky  5
meta-yocto-bsp        /home/testing/Build/Lab/Yocto-lab/poky/meta-yocto-bsp  5 
meta-raspberrypi      /home/testing/Build/Lab/Yocto-lab/meta-raspberrypi  9

Nous voyons bien que le nouveau layer a été ajouté à la liste. Sa priorité est plus élevée que celles des autres. Son contenu sera donc analysé après celui des autres layers. Les fichiers de recette qu’il contient pourront donc surcharger les précédents et ajuster la configuration avant la compilation proprement dite.

Où cette liste de layers est-elle stockée ? Nous avons vu que le répertoire de compilation ne contient pas beaucoup de fichiers de configuration. Pourtant l’un d’eux peut attirer notre attention :

[build-rpi]$ ls  conf/
bblayers.conf  local.conf  templateconf.cfg

Le fichier «bblayers» (bb représentant bitbake) contient ceci :

# POKY_BBLAYERS_CONF_VERSION is increased each time build/conf/bblayers.conf 
# changes incompatibly
POKY_BBLAYERS_CONF_VERSION = "2"

BBPATH = "${TOPDIR}"
BBFILES ?= ""

BBLAYERS ?= " \
  /home/cpb/Yocto-lab/poky/meta \
  /home/cpb/Yocto-lab/poky/meta-poky \
  /home/cpb/Yocto-lab/poky/meta-yocto-bsp \
  /home/cpb/Yocto-lab/meta-raspberrypi \
  "

Les premières lignes configurent une variable (POKY_BBLAYERS_CONV_VERSION) à usage interne de Poky, qui ne nous concerne pas. Nous voyons que la variables BBLAYERS, est renseignée (si ce n’est fait auparavant) avec les chemins vers les répertoires des layers.

Nous aurions très bien pu rajouter manuellement la dernière ligne plutôt qu’appeler «bitbake-layers», mais l’avantage d’utiliser ce dernier est qu’il vérifie la cohérence de la configuration.

Voyons les versions de Raspberry Pi connues par le layer que nous avons téléchargé :

[build-rpi]$ls  ../meta-raspberrypi/conf/machine/
include                 raspberrypi2.conf     raspberrypi4-64.conf  raspberrypi-cm.conf 
raspberrypi0.conf       raspberrypi3-64.conf  raspberrypi4.conf     raspberrypi.conf
raspberrypi0-wifi.conf  raspberrypi3.conf     raspberrypi-cm3.conf
NomCible
raspberrypiLes premiers modèles de Raspberry Pi B et B+
raspberrypi2Le Raspberry Pi modèle 2
raspberrypi3Les Raspberry Pi 3 et 3B+, compilation 32 bits
raspberrypi3-64Les Raspberry Pi 3 et 3B+, compilation 64 bits
raspberrypi4Le Raspberry Pi 4, compilation 32 bits
raspberrypi4-64Le Raspberry Pi 4, compilation 64 bits
raspberrypi3Les Raspberry Pi 3 et 3B+, compilation 32 bits
raspberrypi-cmLe premier Raspberry Pi Compute Module
raspberrypi-cm3Le Raspberry Pi Compute Module 3
raspberrypi0Le Raspberry Pi Zéro initial
raspberrypi0-wifiLe second Raspberry Pi Zéro, avec wifi

Je lance une compilation pour le Raspberry Pi 4, à ce jour le petit dernier de la gamme (et le plus puissant !) :

[build-rpi]$ MACHINE=raspberrypi4  bitbake  core-image-minimal
Parsing recipes: 100% |##################################################| Time: 0:01:04
Parsing of 801 .bb files complete (0 cached, 801 parsed). 1327 targets, 67 skipped, 0 masked, 0 errors. 
NOTE: Resolving any missing task queue dependencies

Build Configuration:
BB_VERSION           = "1.44.0"
BUILD_SYS            = "x86_64-linux"
NATIVELSBSTRING      = "ubuntu-18.04"
TARGET_SYS           = "arm-poky-linux-gnueabi"
MACHINE              = "raspberrypi4"
DISTRO               = "poky"
DISTRO_VERSION       = "3.0.1"
TUNE_FEATURES        = "arm vfp cortexa7 neon vfpv4 thumb callconvention-hard"
TARGET_FPU           = "hard"
meta                 
meta-poky            
meta-yocto-bsp       = "HEAD:12a4c177bb541b3187c7a54d5804f30c35f22d8c"
meta-raspberrypi     = "zeus:cee2557dc872ddaf721e6badb981c7772503f8ea"

Tout comme nous l’avons fait avec la carte BeagleBone Black précédemment, l’image produite est copiée sur une carte micro-SD que l’on prend soin de démonter auparavant. Le fichier à copier a une extension «.rpi-sdimg» (et non pas «.wic» comme c’est souvent le cas pour d’autres machines).

[build-rpi]$ ls  tmp/deploy/images/raspberrypi4/
  [...]
core-image-minimal-raspberrypi4.rpi-sdimg
  [...]
[build-rpi]$ umount  /dev/sdb?
[build-rpi]$ sudo  cp  tmp/deploy/images/raspberrypi4/core-image-minimal-raspberrypi4.rpi-sdimg   /dev/sdb 
[build-rpi]$ 

On peut assister au boot classique du Raspberry Pi sur l’une des sorties micro-HDMI.

On peut également se connecter sur son port série en utilisant minicom sur la machine hôte.

Dans le cas des Raspberry Pi 3 ou 4, il est nécessaire pour cela d’éditer le fichier «config.txt» se trouvant sur la première partition de la carte SD pour y ajouter la ligne «enable_uart=1». Ceci peut être réalisé automatiquement par Yocto si on ajoute la ligne «ENABLE_UART="1"» dans le fichier conf/local/conf.

Poky (Yocto Project Reference Distro) 3.0.1 raspberrypi4 /dev/ttyS0

raspberrypi4 login: root
root@raspberrypi4:~# uname -a
Linux raspberrypi4 4.19.75 #1 SMP Thu Dec 26 11:13:52 UTC 2019 armv7l GNU/Linux
root@raspberrypi4:~# cat /proc/cpuinfo
processor       : 0
model name      : ARMv7 Processor rev 3 (v7l)
BogoMIPS        : 108.00
Features        : half thumb fastmult vfp edsp neon vfpv3 tls vfpv4 idiva idivt vfpd32  
CPU implementer : 0x41
CPU architecture: 7
CPU variant     : 0x0
CPU part        : 0xd08
CPU revision    : 3

processor       : 1
model name      : ARMv7 Processor rev 3 (v7l)
BogoMIPS        : 108.00
Features        : half thumb fastmult vfp edsp neon vfpv3 tls vfpv4 idiva idivt vfpd32  
CPU implementer : 0x41
CPU architecture: 7
CPU variant     : 0x0
CPU part        : 0xd08
CPU revision    : 3

processor       : 2
model name      : ARMv7 Processor rev 3 (v7l)
BogoMIPS        : 108.00
Features        : half thumb fastmult vfp edsp neon vfpv3 tls vfpv4 idiva idivt vfpd32  
CPU implementer : 0x41
CPU architecture: 7
CPU variant     : 0x0
CPU part        : 0xd08
CPU revision    : 3

processor       : 3
model name      : ARMv7 Processor rev 3 (v7l)
BogoMIPS        : 108.00
Features        : half thumb fastmult vfp edsp neon vfpv3 tls vfpv4 idiva idivt vfpd32  
CPU implementer : 0x41
CPU architecture: 7
CPU variant     : 0x0
CPU part        : 0xd08
CPU revision    : 3

Hardware        : BCM2835
Revision        : b03111
Serial          : 1000000079d9d08b
Model           : Raspberry Pi 4 Model B Rev 1.1
root@raspberrypi4:~# cat /sys/firmware/devicetree/base/model 
Raspberry Pi 4 Model B Rev 1.1

Conclusion

Cette séquence nous a permis de créer des images standards de Yocto pour différentes cibles et de les tester. Le passage de l’émulateur à une carte réelle est important. Cela permet de s’assurer de la disponibilité des outils nécessaires (notamment lorsqu’il faut employer un utilitaire spécifique pour placer le code en mémoire Flash Nand) et de la maîtrise des techniques employées.

Les temps de compilation que nous avons observés sont vraiment très longs (pas loin de dix heures de compilation entre cette séquence et la précédente). Ceci ne concerne que la première compilation pour une plateforme donnée. À partir de maintenant, nous observerons des temps de compilation beaucoup plus raisonnables !

Pour le moment nous n’avons pas du tout personnalisé notre image. Nous allons y remédier dans les séquences suivantes…

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